Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

« Le nouvel Hollywood n’avait plus besoin de véritables écrivains, il était désormais entre les mains de petits prodiges qui n’avaient jamais rien lu. Dans les écoles de cinéma, les futurs producteurs et scénaristes se faisaient les dents en regardant de vieux films pour en plagier des pans entiers. Avoir une sensibilité littéraire était passé de mode. Ringard. Les scénaristes comme John Fante, grâce auxquels avaient été instaurés des salaires hebdomadaires, faisaient figure de dinosaures surpayés, derniers survivants d’une race éteinte et inutile. On ne parlait plus que de filmmaking. La vision sublimée de l’Amérique partagée par les L.B. Mayer et les Carl Laemmle, ces pionniers du cinéma des années 1920 de la vieille Europe, avait été érigée en dogme universel. Le cinéma et la télévision repassaient toujours les mêmes navets fadasses. A East L.A., les jeunes truands s’inspiraient du dernier film de gangsters pour choisir leurs armes. La fiction était devenue réalité. Les nouveaux gourous des producteurs, les comptables, se faisaient payer des études marketing pour décréter quelles histoires seraient rentables. On décidait de produire un film en fonction des diktats du marché. Le cœur de cible était maintenant les garçons de quatorze ans. Plus que jamais, l’auteur d’un scénario n’était qu’un exécutant, un lèche-bottes aux ordres qui n’était là que pour procéder aux remaniements exigés par le producteur, la star et le tout-puissant réalisateur. Le mépris de mon père pour Hollywood n’avait pas faibli, « le côté positif » étant qu’il était bien obligé de revenir encore et toujours à ce qu’il savait le mieux faire : écrire des romans. »

Dommages collatéraux – Dan Fante